Fin du mandat de l’EACRF – Décembre 2023 : Retrait de la force régionale de la RDC
Décembre 2023 : fin du mandat de l’EACRF et retrait de la force régionale de la RDC Après un an de présence à l’Est du...

- Une force régionale invitée à partir
- Origines et déploiement de l’EACRF en RDC
- Perceptions congolaises : entre espoir initial et désillusion
- Composition et zones de déploiement de l’EACRF
- Pourquoi la RDC refuse de renouveler le mandat de l’EACRF
- Le retrait de l’EACRF : chronologie d’une sortie annoncée
- Après l’EACRF : la SADC, la SAMIDRC et la recomposition sécuritaire
- Forces régionales, MONUSCO et souveraineté : un débat congolais ancien
- Contribuer à écrire l’histoire du retrait de l’EACRF
- Références et lectures complémentaires
Décembre 2023 : fin du mandat de l’EACRF et retrait de la force régionale de la RDC
Après un an de présence à l’Est du Congo, la Force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est quitte la RDC, Kinshasa ayant refusé le renouvellement de son mandat. Cet article en analyse les raisons, le déroulement et les implications du point de vue congolais.
Une force régionale invitée à partir#
En décembre 2023, la République démocratique du Congo met fin au mandat de la Force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est (EACRF), déployée depuis novembre 2022 pour stabiliser l’Est du pays face au M23 et aux autres groupes armés. [web:61][web:96][web:104]
Réunie en sommet le 24 novembre 2023 à Arusha, la Communauté d’Afrique de l’Est enregistre la décision de Kinshasa de ne pas renouveler le mandat au‑delà du 8 décembre, ouvrant la voie à un retrait progressif des contingents kényans, burundais, ougandais et sud‑soudanais. [web:90][web:96][web:105]
Pour les Congolais, cette fin de mission ouvre un débat plus large sur l’efficacité des forces régionales, la souveraineté, l’avenir de la lutte contre le M23 et la place d’autres acteurs comme la SADC, dans une région où la fatigue vis‑à‑vis des interventions étrangères est profonde. [web:95][web:100][web:102]
Dates clés du retrait de l’EACRF#
24 novembre 2023 : les chefs d’État de l’EAC constatent que la RDC ne renouvellera pas le mandat de l’EACRF au‑delà du 8 décembre. [web:90][web:96]
3 décembre 2023 : le premier contingent kényan (KENCON) quitte l’aéroport de Goma, marquant le début effectif du retrait de la force régionale. [web:90][web:96][web:110]
20 décembre 2023 : l’EAC annonce avoir complété le retrait de l’EACRF de l’Est de la RDC, même si la situation sécuritaire reste très instable dans les zones laissées vacantes. [web:92][web:105]
Origines et déploiement de l’EACRF en RDC#
L’EACRF est la réponse sécuritaire de la Communauté d’Afrique de l’Est à la résurgence du M23 et à la détérioration rapide de la situation dans le Nord‑Kivu à partir de fin 2021, alors que la RDC vient d’adhérer à ce bloc régional aux côtés du Rwanda, de l’Ouganda, du Burundi, du Kenya, de la Tanzanie, du Soudan du Sud et plus tard de l’Éthiopie. [web:50][web:61][web:64]
Après la prise de Bunagana et l’avancée du M23 vers Rutshuru et les abords de Goma, les chefs d’État de l’EAC décident en 2022 de déployer une force régionale en soutien au processus politique dit « de Nairobi », combinant dialogue avec les groupes armés et pression militaire. [web:50][web:64][web:104]
Les premiers contingents burundais arrivent en août 2022, suivis par les troupes kényanes en novembre, puis par des unités ougandaises et sud‑soudanaises, sous commandement opérationnel kenyan, avec des déploiements à Goma, Rutshuru, Masisi et Nyiragongo. [web:50][web:61][web:96]
Mandat officiel : stabilisation, protection, soutien au processus de paix#
Selon les documents de l’EAC, l’EACRF doit soutenir la mise en œuvre du cessez‑le‑feu, protéger les civils, faciliter le retrait volontaire des groupes armés des zones occupées et appuyer le programme de démobilisation et de réintégration (P‑DDRC‑S) en coopération avec les FARDC. [web:50][web:61][web:64][web:94]
Sur le papier, la force est appelée à opérer de manière conjointe avec l’armée congolaise pour « vaincre » les groupes armés, mais sur le terrain, beaucoup d’observateurs notent une posture davantage centrée sur la stabilisation et l’interposition que sur des offensives directes contre le M23. [web:53][web:94][web:100]
Mandat de l’EACRF : ce que prévoyaient les textes
Le mandat adopté par les États de l’EAC prévoit que la force planifie et conduise, avec les FARDC, des opérations pour neutraliser les groupes armés, soutienne la protection des civils, facilite l’accès humanitaire et appuie le désarmement et la réintégration des combattants via le P‑DDRC‑S, tout en respectant la souveraineté de la RDC. [web:50][web:61][web:94]
Toutefois, la lecture qu’en font certains États contributeurs insiste sur la nécessité de privilégier des cessez‑le‑feu et la création de zones tampons plutôt que des offensives généralisées, une approche qui diverge de l’attente de Kinshasa et de nombreuses communautés locales qui demandent clairement la défaite militaire du M23. [web:53][web:95][web:100]
Perceptions congolaises : entre espoir initial et désillusion#
À son arrivée, l’EACRF suscite un certain espoir chez des Congolais fatigués de l’inefficacité perçue de la MONUSCO : l’idée d’une force africaine, composée de voisins partageant les mêmes défis, est vue comme une chance de disposer d’un outil plus réactif et mieux adapté au terrain. [web:64][web:95]
Mais rapidement, des critiques émergent : dans plusieurs localités du Nord‑Kivu, les habitants constatent que le M23 reste présent, voire consolide ses positions, alors même que des troupes de l’EACRF sont stationnées à proximité, ce qui nourrit l’accusation de « cohabitation » plutôt que de confrontation. [web:53][web:95][web:100]
Pour certains leaders de la société civile et acteurs politiques, l’EACRF donne l’impression de se contenter d’occuper l’espace, sans reprendre de manière décisive les zones occupées par le M23, alors que des centaines de milliers de déplacés continuent de vivre dans des conditions précaires autour de Goma. [web:53][web:64][web:97]
Ce que de nombreux Congolais reprochent à l’EACRF#
Dans les échanges de rue et les réunions communautaires, beaucoup de Congolais résument leur jugement sur l’EACRF en trois axes : présence sans libération durable du territoire, absence d’offensives majeures contre le M23 et manque de transparence sur les arrangements militaires entre certains États de l’EAC et les réalités sur le terrain. [web:53][web:95][web:100]
Ces critiques s’inscrivent dans une histoire longue de méfiance vis‑à‑vis des armées étrangères, nourrie par les guerres du Congo des années 1990–2000, les accusations de pillage des ressources et la perception que certaines forces régionales défendent autant leurs intérêts économiques que la paix dans l’Est de la RDC. [web:64][web:94][web:100]
Composition et zones de déploiement de l’EACRF#
L’EACRF rassemble principalement des troupes du Kenya, du Burundi, de l’Ouganda et du Soudan du Sud, avec un commandement assuré par des officiers kényans et un quartier général établi à Goma, capitale provinciale du Nord‑Kivu. [web:50][web:61][web:96]
Les contingents sont déployés dans des secteurs clés autour de Goma et le long des lignes de front avec le M23, afin de créer des zones tampons et de rassurer la population, même si le degré de coordination opérationnelle avec les FARDC varie selon les zones. [web:53][web:94][web:105]
| Pays contributeur | Type de contingent | Zones de déploiement principales | Rôle déclaré |
|---|---|---|---|
| Kenya | Infanterie, unités mécanisées, QG de force | Goma, Kibumba, Kibati, axes vers Rutshuru | Stabilisation des abords de Goma, soutien à la protection des civils et supervision de zones tampons. [web:50][web:90][web:105] |
| Burundi | Infanterie | Territoires de Masisi et zones frontalières | Contrôle de certains axes routiers et réduction de l’espace de manœuvre de groupes armés. [web:50][web:99] |
| Ouganda | Unités terrestres | Proximité de la frontière Bunagana–Rutshuru | Sécurisation de certaines localités et participation aux arrangements de cessez‑le‑feu. [web:50][web:96][web:99] |
| Soudan du Sud | Unités d’infanterie | Renfort dans les zones sous responsabilité kényane | Appui aux opérations de stabilisation et renforcement de la présence régionale. [web:61][web:96] |
Pourquoi la RDC refuse de renouveler le mandat de l’EACRF#
Dès le milieu de l’année 2023, le président Félix Tshisekedi et plusieurs membres du gouvernement expriment publiquement leur impatience face à ce qu’ils qualifient de « manque d’efficacité » de la force, affirmant qu’ils ne veulent pas d’une mission d’observation mais d’un partenaire prêt à combattre activement le M23 aux côtés des FARDC. [web:95][web:100][web:106]
Le mécontentement s’accentue lorsque des localités quittées par le M23 dans le cadre de cessez‑le‑feu sont occupées par l’EACRF sans être rétrocédées à l’administration congolaise, donnant le sentiment que la force gère des « zones neutres » où l’autorité de l’État reste limitée. [web:53][web:94][web:100]
En octobre 2023, alors que la guerre se poursuit et que des manifestations parfois violentes demandent le départ des forces étrangères à l’Est, Kinshasa confirme qu’il ne renouvellera pas le mandat de l’EACRF, estimant que la mission n’a pas rempli l’objectif de faire reculer durablement le M23 et de sécuriser les populations. [web:95][web:97][web:100]
Les principaux griefs de Kinshasa contre l’EACRF
Le gouvernement congolais reproche d’abord à l’EACRF l’absence d’offensives significatives pour déloger le M23 de plusieurs positions stratégiques, alors que la population attend une reconquête claire du territoire national. [web:95][web:100][web:107]
Il critique aussi la perception d’une cohabitation entre certains contingents et des forces rebelles, ainsi que le manque de communication transparente sur les mouvements de troupes et les arrangements locaux conclus dans le cadre du processus de Nairobi. [web:53][web:94][web:100]
Enfin, Kinshasa considère que maintenir une force jugée inefficace à l’approche des élections générales de décembre 2023 serait politiquement coûteux, et préfère afficher une rupture nette pour démontrer sa volonté de reprendre la main sur la question sécuritaire. [web:95][web:98][web:100]
Le retrait de l’EACRF : chronologie d’une sortie annoncée#
À la suite de la décision du sommet de l’EAC de ne pas prolonger le mandat, le retrait commence concrètement le 3 décembre 2023, lorsque le premier groupe de soldats kényans quitte l’aéroport international de Goma à bord d’avions militaires, après un an de déploiement. [web:90][web:96][web:110]
Les jours suivants, d’autres rotations aériennes et mouvements terrestres s’opèrent pour évacuer progressivement les unités stationnées autour de Goma et dans certaines zones du Rutshuru et du Masisi, sous la supervision conjointe des autorités congolaises et du commandement de l’EACRF. [web:92][web:96][web:103]
Le 20 décembre 2023, l’EAC annonce la fin de l’évacuation de ses contingents de l’Est de la RDC, même si certaines sources notent que les derniers éléments de soutien et d’état‑major quittent la région dans les jours qui suivent, clôturant une mission d’environ treize mois. [web:92][web:105]
Tableau chronologique du retrait de l’EACRF (décembre 2023)#
| Date | Contingent / Acteur | Lieu | Événement |
|---|---|---|---|
| 24 novembre 2023 | Chefs d’État de l’EAC | Sommet d’Arusha | Annonce que la RDC ne renouvellera pas le mandat de l’EACRF au‑delà du 8 décembre. [web:90][web:96] |
| 3 décembre 2023 | Contingent kényan (KENCON) | Goma (aéroport) | Départ du premier groupe de soldats kényans, marquant le début officiel du retrait. [web:90][web:96][web:110] |
| Début–mi‑décembre 2023 | Autres contingents (Burundi, Ouganda, Soudan du Sud) | Nord‑Kivu (Goma, zones sous responsabilité EACRF) | Rotations de troupes et retrait progressif des positions tenues par l’EACRF. [web:92][web:97][web:110] |
| 20 décembre 2023 | Commandement de l’EACRF | Goma | Annonce de l’achèvement du retrait de la force régionale de l’Est de la RDC. [web:92][web:105] |
Après l’EACRF : la SADC, la SAMIDRC et la recomposition sécuritaire#
Le départ de l’EACRF ne signifie pas la fin de la présence de forces étrangères en RDC : dès 2023, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dont la RDC est membre, décide de déployer une mission régionale, la SAMIDRC, avec une contribution importante de l’Afrique du Sud et d’autres pays de la région. [web:92][web:98][web:99][web:104]
À la différence du mandat plus ambigu de l’EACRF, la SAMIDRC est présentée comme une force au mandat offensif explicite, chargée de mener des opérations contre le M23 et d’autres groupes armés, en coordination avec les FARDC, dans la perspective d’une reprise plus vigoureuse du contrôle territorial. [web:98][web:99][web:102]
Cette transition illustre une recomposition des alliances régionales de la RDC : après avoir misé sur l’EAC pour répondre à la poussée du M23, Kinshasa se tourne à nouveau vers l’espace de la SADC, perçu par certains comme plus éloigné des rivalités directes avec le Rwanda et l’Ouganda. [web:94][web:98][web:100]
EACRF et SAMIDRC : deux modèles de forces régionales#
| Force | Organisation porteuse | Mandat principal | États moteurs | Période de déploiement |
|---|---|---|---|---|
| EACRF | Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) | Stabilisation, zones tampons, supervision de cessez‑le‑feu et retrait des groupes armés. [web:50][web:61][web:94] | Kenya, Burundi, Ouganda, Soudan du Sud | Novembre 2022 – décembre 2023 [web:96][web:105] |
| SAMIDRC | Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) | Opérations offensives contre le M23 et d’autres groupes armés, soutien direct aux FARDC. [web:98][web:99][web:102] | Afrique du Sud, Tanzanie, autres États de la SADC | À partir de fin 2023 / début 2024 (déploiement progressif). [web:98][web:102] |
Forces régionales, MONUSCO et souveraineté : un débat congolais ancien#
Le départ de l’EACRF se produit au moment où la RDC accélère également le retrait progressif de la MONUSCO, après près de 25 ans de présence onusienne, illustrant la volonté affichée de reprendre la main sur sa sécurité, même si les capacités internes restent limitées. [web:92][web:95][web:102]
Pour de nombreux Congolais, la multiplication des forces étrangères – MONUSCO, EACRF, bientôt SAMIDRC – reflète l’incapacité structurelle de l’État à reconstruire une armée nationale robuste, mais aussi le poids persistants des agendas régionaux et internationaux autour des ressources et de la géopolitique des Grands Lacs. [web:64][web:94][web:100]
Le débat sur la souveraineté reste ainsi ambivalent : d’un côté, une demande forte de protection face aux massacres et aux déplacements massifs ; de l’autre, une exaspération face à des interventions jugées inefficaces ou ambivalentes, perçues parfois comme partie du problème plutôt que de la solution. [web:95][web:100][web:111]
Voix de l’Est : attentes et désillusions
Dans les quartiers populaires de Goma, des responsables communautaires expliquent que l’arrivée de l’EACRF a d’abord été accueillie comme une protection supplémentaire contre une éventuelle avancée du M23 vers la ville, mais que l’absence de reconquête réelle du Rutshuru ou du Masisi a rapidement douché les espoirs. [web:53][web:95]
Des femmes déplacées rencontrées dans des sites autour de Goma confient avoir vu défiler plusieurs uniformes sans que leur situation ne change vraiment : insécurité persistante, viols, impossibilité de retourner dans les villages, ce qui alimente un sentiment de fatigue et de méfiance envers tout nouveau déploiement extérieur. [web:100][web:102]
Contribuer à écrire l’histoire du retrait de l’EACRF#
Cet article propose une lecture congolaise de la fin du mandat de l’EACRF et de son retrait de la RDC, mais de nombreux détails restent à documenter, notamment les expériences locales, les archives familiales et les témoignages des habitants des zones affectées.
Pour découvrir d’autres articles sur l’histoire politique et sécuritaire de la RDC, visitez les catégories de CongoHeritage.
Références et lectures complémentaires#
| Auteur / Organisation | Titre | Année | Lien |
|---|---|---|---|
| East African Community | KENCON Troops under EACRF commence exit from DRC | 2023 | Communiqué officiel [web:90] |
| BBC News | Why DR Congo wants East African troops to leave | 2023 | Article en ligne [web:95] |
| The Conversation | East Africa’s troops are leaving the DRC: what went wrong and what comes next | 2023 | Analyse [web:100] |
| The East African | EACRF completes withdrawal from Eastern DR Congo | 2023 | Article [web:105] |
| Xinhua | EAC Regional Force begins withdrawal from DR Congo | 2023 | Dépêche [web:96] |
| Africanews / Anadolu | East African peacekeepers start withdrawal from DRC | 2023 | Article [web:110] |
| ACCORD | The East African Community Regional Force in the Democratic Republic of the Congo: Successes, Challenges and Lessons | 2025 | Article académique [web:94] |












