1959 : Émeutes de Léopoldville — ABAKO, ordre colonial et le moment où la domination explose
Janvier 1959 à Léopoldville : ABAKO, autorités belges et décolonisation. Quand l’“ordre public” colonial se retourne contre lui-même — dans une ville devenue politique. La...

- Pourquoi cet article maintenant ?
- Comment sait-on ?
- A) Léopoldville à la fin des années 1950 : une capitale coloniale sous tension
- B) ABAKO : mouvement, identité, mobilisation
- C) Janvier 1959 : déclencheurs, enchaînements, escalade (chronologie “fine”)
- D) Les autorités belges : “ordre public” et crise de légitimité
- E) Le Congo vu d’en bas : ce que l’émeute fait aux vies ordinaires
- F) Bascule : 1959 comme accélérateur de la décolonisation
- G) Débats historiographiques
- H) Héritages : après 1959, le rapport État–rue ne redevient jamais “simple”
- “Voix” congolaises:
- REPORT & DOCUMENT — Dossier
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1939–1945 : le Congo belge dans la Seconde Guerre mondiale

Le Congo belge dans la Seconde Guerre mondiale : uranium de Shinkolobwe, Force publique, économie de guerre et coûts sociaux vus depuis les routes congolaises.
- 2
Le Casement Report (1904) : l’enquête qui a révélé l’État indépendant du Congo au monde

Casement Report (1904) : au cœur de l’État indépendant du Congo, le travail forcé devient preuve — et déclenche une crise mondiale sur le Congo.
- 3
Rwanda-Urundi sous administration belge : de la guerre mondiale à l’ordre colonial

Première Guerre mondiale : depuis le Congo belge, la conquête de Rwanda-Urundi mène au mandat. Logistique, portage, droit et coûts humains.
Janvier 1959 à Léopoldville : ABAKO, autorités belges et décolonisation. Quand l’“ordre public” colonial se retourne contre lui-même — dans une ville devenue politique.#
La chaleur ne tombe pas vraiment sur Léopoldville. Elle change seulement de texture. Vers la fin d’après-midi, elle devient une pellicule sur la peau, une fatigue qui colle aux chemises, une impatience qui se glisse dans les mots. On traverse une avenue poussiéreuse, on longe des échoppes encore ouvertes, on dépasse un groupe d’hommes penchés sur une radio — le volume n’est pas fort, mais tout le monde écoute quand même, comme si le simple fait d’entendre ensemble protégeait contre quelque chose.
Dans un coin, près d’un carrefour où les véhicules ralentissent, on attend. Attendre, c’est déjà politique, ici. On attend un bus, une paye, une autorisation, un papier, un contremaître, un prêtre, un responsable de quartier, un policier. On attend aussi une nouvelle. Une rumeur, plutôt : la réunion a été interdite. Ou bien elle n’a pas été interdite mais “déplacée”. Ou bien on va arrêter des militants. Ou bien on les a déjà arrêtés. Personne n’est sûr, et c’est précisément ça, le poison de la ville coloniale : le doute n’est pas un accident, c’est une méthode.
Léopoldville est une capitale coupée en deux par plus que des frontières visibles. Il y a les quartiers où l’on décide, et les quartiers où l’on subit la décision. Il y a les rues éclairées, les rues surveillées, les rues ignorées. Le soir, les bars remplissent leur rôle social : on y respire, on y commente, on y apprend. Un verre n’est pas qu’un verre ; c’est un prétexte pour se tenir debout quand le système vous veut docile. Au marché, les vendeuses ajustent les prix à l’humeur des clients et à la rareté des produits ; chaque hausse de coût n’est pas seulement économique, elle devient une preuve supplémentaire que l’ordre colonial vous fait payer deux fois : par le travail et par la dignité.
Ce dimanche-là, ce qui circule le plus vite, ce ne sont pas les voitures officielles, ni les camions : ce sont les mots. “On a interdit.” “Ils ne veulent pas qu’on parle.” “Ils ont peur.” “Non, c’est nous qu’ils veulent faire peur.” Les mots changent de forme en passant de bouche en bouche, mais leur direction est la même : ils convergent vers une question simple, brutale — qui a le droit d’occuper l’espace public, de rassembler, de dire “nous” ?
À quelques rues de là, des policiers se positionnent. On ne le dit pas comme ça. On dit : “Ils sont là.” On remarque un uniforme. Puis deux. Puis une camionnette. Puis l’impression que la ville a été mise en pause, comme si la respiration collective devait attendre une autorisation. Dans les rassemblements coloniaux, le moment décisif n’est pas toujours la violence : c’est la bascule psychologique. Le moment où une foule se comprend comme foule, et où l’État se comprend comme menacé.
Un jeune homme — pas encore trente ans, peut-être moins — se penche vers un ami : “S’ils interdisent, c’est qu’ils savent.” Savoir quoi ? Que les mots ont dépassé le stade des mots. Que des organisations, des militants, des réseaux existent. Qu’une ville n’est plus seulement une réserve de main-d’œuvre : c’est une scène politique. Et que le maintien de l’ordre, jusque-là présenté comme une évidence, coûte soudain très cher.
La nuit approche. Ce qui, ailleurs, serait une simple tension urbaine devient ici une question de souveraineté. Parce que dans une colonie, la rue n’est jamais neutre. Elle est un tribunal sans robe, une place publique sans autorisation, un parlement sans micro. Quand l’administration coloniale voit une foule, elle ne voit pas seulement des corps : elle voit une contestation de son monopole du récit.
Le basculement arrive souvent comme une phrase mal comprise, un geste interprété comme une humiliation, un ordre donné trop fort, un coup de matraque qui n’était “pas nécessaire”, un tir qui ne devait “pas partir”. Et puis, très vite, l’ordre devient désordre — ou plutôt : ce que l’administration appelle “désordre” devient le langage par lequel des milliers de gens disent qu’ils n’acceptent plus les règles du silence.
Ce n’est pas une explosion irrationnelle. C’est une ville coloniale arrivée au bout de sa fiction.
Pourquoi cet article maintenant ?#
Parce que les villes congolaises — Kinshasa, Goma, Lubumbashi, Bukavu — restent des lieux où l’État se mesure à la rue. Parce que “maintenir l’ordre” demeure, partout, un test politique : à quel prix, au nom de quoi, et contre qui ? Et parce que 1959 rappelle une vérité que les archives aiment cacher : un régime ne tombe pas seulement quand il est illégitime — il tombe quand le coût de son contrôle devient insoutenable.
Comment sait-on ? #
Pour raconter janvier 1959, il faut accepter une règle : les sources sont nombreuses, mais elles ne parlent pas le même langage.
- Archives coloniales (police, administration, justice) : précieuses pour la chronologie, les dispositifs de contrôle, les décisions. Mais elles tendent à traduire la contestation en “trouble”, “émeute”, “sédition”, et à minimiser leurs propres responsabilités.
- Presse de l’époque (locale, belge, internationale) et radio : utile pour saisir les perceptions et la circulation des récits, mais souvent partisane, parfois censurée ou cadrée par des intérêts politiques.
- Témoignages congolais, mémoires, traditions urbaines : essentiels pour comprendre la ville vécue (peur, dignité, rumeur, solidarité), mais nécessitent recoupements et contextualisation.
- Travaux académiques et dossiers historiographiques : indispensables pour relier politique, urbanisation, économie et doctrine policière, et pour éviter le piège mono-causal.
Dans ce texte, on distingue :
- Faits établis (dates, acteurs, dispositifs) ;
- Hypothèses plausibles (mécanismes d’escalade) ;
- Points débattus (bilan humain exact, responsabilités précises à chaque minute, rôle relatif de chaque organisation).
A) Léopoldville à la fin des années 1950 : une capitale coloniale sous tension#
À la fin des années 1950, Léopoldville n’est plus une “vitrine”. C’est une cocotte-minute. L’urbanisation accélérée concentre des jeunes, des travailleurs, des migrants internes, des identités régionales, des ambitions et des frustrations. Les quartiers africains, administrés et surveillés, vivent avec un double rythme : celui du travail salarié et celui des obligations informelles (réseaux familiaux, solidarités, associations, Églises, bars, marchés).
La ségrégation n’est pas seulement spatiale ; elle est administrative : autorisations, contrôles, interdictions de réunion, gestion policière de la parole publique. Dans ce contexte, la politique devient d’abord une pratique sociale : se réunir, discuter, collecter, diffuser des mots d’ordre, exister en tant que “nous”.
B) ABAKO : mouvement, identité, mobilisation#
ABAKO (Alliance des Bakongo) apparaît comme un acteur central, mais pas unique. Son poids tient à plusieurs facteurs : un ancrage identitaire (sans être réductible à l’ethnicité), une capacité de mobilisation, une présence urbaine, une maîtrise relative des canaux d’organisation et de communication.
Le piège serait double :
- dire “ABAKO a tout fait” (faux) ;
- dire “ABAKO n’a été qu’un prétexte” (tout aussi faux).
ABAKO s’inscrit dans une montée plus large des partis, des militants, des débats sur l’avenir politique, et d’une ville où les Congolais ne veulent plus seulement être administrés : ils veulent compter.
C) Janvier 1959 : déclencheurs, enchaînements, escalade (chronologie “fine”)#
Ce qui mène aux émeutes relève rarement d’une seule étincelle. Il y a :
- une décision administrative (interdiction, restriction, arrestation, intimidation) ;
- une attente collective (réunion, annonce, démonstration de force ou de solidarité) ;
- une circulation de rumeurs (souvent alimentée par l’opacité coloniale) ;
- un dispositif policier qui transforme une foule en suspect ;
- une réaction (peur, colère, dignité blessée, opportunités de défier l’autorité).
Dans une colonie, l’escalade se nourrit d’un malentendu structurel : l’État pense gérer des “sujets”, la population agit comme un “peuple” en formation. Le moment où cette contradiction devient visible, l’ordre colonial perd sa capacité à prétendre qu’il gouverne “pour le bien commun”.
D) Les autorités belges : “ordre public” et crise de légitimité#
Les autorités belges savent déjà que le monde change : l’ONU, la décolonisation ailleurs, la presse internationale, la Guerre froide, tout pousse à reformuler l’empire. Mais Léopoldville révèle une autre vérité : la doctrine de maintien de l’ordre colonial n’est pas une simple technique policière ; c’est une politique.
Quand la répression augmente, trois coûts explosent :
- coût moral : la violence d’État devient visible ;
- coût politique : l’administration perd le récit (“ce sont des troubles isolés”) ;
- coût matériel : contrôler une ville politisée demande plus d’hommes, plus de budgets, plus d’exception.
C’est ainsi qu’un régime peut rester armé et pourtant devenir fragile.
E) Le Congo vu d’en bas : ce que l’émeute fait aux vies ordinaires#
Les émeutes ne sont pas seulement un événement politique. Elles reconfigurent des vies :
- des marchés ferment ;
- des trajets deviennent dangereux ;
- des familles se cachent ou se séparent ;
- des quartiers se polarisent ;
- la peur change de camp… puis revient.
On doit aussi éviter l’angélisme : dans une émeute, il y a des opportunistes, des règlements de comptes, des violences non contrôlées. Mais réduire l’ensemble à “la casse” serait la version coloniale de la paresse analytique : une manière de ne pas regarder les structures qui ont fabriqué le moment.
F) Bascule : 1959 comme accélérateur de la décolonisation#
Janvier 1959 réécrit le calendrier, non parce qu’il “crée” l’indépendance, mais parce qu’il rend impossible la fiction d’une réforme lente. Les autorités belges comprennent que :
- la capitale peut être ingouvernable à court terme par la seule force ;
- la “réforme” sans souveraineté politique n’achète plus la patience ;
- l’opinion internationale peut se retourner très vite.
À l’intérieur, les partis se multiplient, les alliances se cherchent, les leaders prennent des risques, les villes deviennent des laboratoires de souveraineté.
G) Débats historiographiques#
Lecture 1 — “Moment décisif” : 1959 est le choc qui transforme une transition envisagée en urgence politique. Preuves mobilisées : décisions belges post-janvier, dynamique de presse, accélération des négociations et de la préparation à l’indépendance.
Lecture 2 — “Symptôme d’un basculement déjà en cours” : l’émeute révèle surtout l’urbanisation, les contradictions économiques et la politisation accumulées. Preuves mobilisées : travaux sur Léopoldville comme ville coloniale, montée des mouvements, tensions de travail et de coût de la vie, transformations du paysage associatif.
Ces deux lectures ne s’excluent pas : l’une insiste sur la bascule visible, l’autre sur la longue mèche.
H) Héritages : après 1959, le rapport État–rue ne redevient jamais “simple”#
Léopoldville 1959 laisse une grammaire politique durable :
- la rue comme acteur ;
- la police comme langage d’État ;
- la rumeur comme média de ceux qu’on n’écoute pas ;
- la capitale comme lieu où l’histoire se précipite.
Et surtout : une leçon congolaises que les récits extérieurs aiment minimiser — la décolonisation n’est pas seulement une décision diplomatique ; c’est un conflit sur la légitimité, vécu dans les quartiers.
“Voix” congolaises:#
Voix 1 — Un jeune militant : “la réunion interdite, la ville qui répond”#
Il ne se voit pas comme un héros. Il se voit comme quelqu’un qui en a marre de demander la permission pour respirer. Depuis des semaines, on parle de réunion, de discours, de mots clairs. Il a aidé à prévenir des amis, à répéter les consignes : rester calme, ne pas donner de prétexte, montrer qu’on sait se tenir. C’est presque drôle : devoir prouver sa maturité à un régime qui vous traite comme un enfant.
Quand la nouvelle tombe — “interdit” — il ressent d’abord une honte sèche. Comme si on lui avait retiré quelque chose de personnel. Puis la honte se change en colère : pas une colère aveugle, une colère lucide, celle qui dit “ils n’interdisent pas parce que c’est dangereux, ils interdisent parce que c’est vrai”.
La police se rapproche. Il reconnaît les regards : ce mélange de mépris et de crainte. Dans sa tête, une phrase tourne : si on recule aujourd’hui, on recule pour dix ans. Il n’a pas envie de casser. Il a envie d’exister. Mais il comprend aussi que l’ordre colonial a un talent : fabriquer des situations où même votre calme devient une provocation.
Quand ça bascule, il ne sait pas exactement quel geste a tout déclenché. Il sait juste que la ville a cessé d’être un décor. Elle est devenue un “nous”.
Voix 2 — Une vendeuse : “marché fermé, peur ouverte” #
Le marché, c’est sa géographie. Elle sait qui vend quoi, qui doit de l’argent à qui, qui vient tôt, qui arrive tard, qui ment sur les prix, qui ne ment pas. Elle sait aussi que la politique finit toujours par arriver sur les étals : quand les taxes montent, quand les contrôles s’intensifient, quand une rumeur fait baisser la fréquentation.
Ce jour-là, elle voit les clients hésiter. Les gens achètent moins, discutent plus. On parle d’une réunion, d’une interdiction, d’arrestations. Elle n’a pas le temps de “faire de la politique”, dit-elle — mais elle sait que c’est un luxe de prétendre que la politique n’existe pas.
Puis les cris. Les courses. La peur. Elle range vite, elle serre son pagne, elle attrape la main d’un enfant qui n’est même pas le sien — on s’attrape comme ça dans les villes en crise. Fermer le marché, c’est perdre une journée. Mais perdre une journée, ici, c’est parfois perdre la semaine.
Le soir, elle comptera les absences : une sœur rentrée tard, un voisin introuvable, un cousin arrêté. Elle comprendra une chose : quand l’État colonial dit “ordre”, il ne parle pas de sa sécurité à elle. Il parle de sa propre tranquillité.
Voix 3 — Un travailleur : “entre salaire, dignité et matraque” #
Il travaille pour un patron qui ne prononce pas son nom correctement. Il fait semblant de ne pas entendre. Il a besoin du salaire. Mais ce qu’il déteste, ce n’est pas seulement l’humiliation. C’est l’obligation de sourire pendant l’humiliation.
Au chantier, on parle bas. On parle de l’émeute comme d’un orage : “ça vient”, “ça passera”, “ça va tout changer”. Lui n’est pas sûr que ça change pour de vrai. Il a vu trop de promesses. Mais il sent un déplacement : les gens ne chuchotent plus seulement pour survivre, ils chuchotent pour s’organiser.
Quand la police frappe, il ne pense pas à l’indépendance en grand discours. Il pense à rentrer vivant. Il pense à ne pas être arrêté “par erreur”. Il pense à sa femme, à ses enfants, à ce que signifie disparaître une semaine dans un commissariat.
Et pourtant, au fond, quelque chose s’est déplacé : l’idée que la dignité peut être un devoir collectif. Qu’un salaire ne suffit pas à acheter le silence. Qu’un régime peut être fort et quand même perdre.
REPORT & DOCUMENT — Dossier#
- Rapports administratifs/policiers de janvier 1959 (à localiser dans archives belges : langage, cadrage, biais).
- Inventaires et dossiers d’archives relatifs aux événements et commissions (preuve de la production documentaire, même quand elle est “contrôlée”).
- Presse belge et internationale de janvier–février 1959 (comparaison des cadrages : “troubles” vs “bascule”).
- Tracts/communiqués des partis (ABAKO et autres) quand accessibles (stratégies de mobilisation).
- Dossiers académiques et chapitres d’ouvrages sur Léopoldville fin-coloniale (mise en contexte urbain).
- Brochures/ressources muséales et pédagogiques (repères factuels, iconographie, chronologie).
TABLEAUX#
Tableau 1 — Chronologie structurée (1956–1960)#
| Date | Événement | Acteurs | Ce que cela change | Sources/notes |
|---|---|---|---|---|
| 1956 | Intensification des débats sur l’avenir politique | Autorités belges, élites congolaises | La “réforme” devient un sujet public | Voir Notes [1–3] |
| 1957 | Élections municipales à Léopoldville | Autorités, acteurs urbains | Apprentissage politique local | Notes [3–4] |
| 1958 | Montée des mobilisations | Partis, militants | Structuration accélérée | Notes [3–5] |
| 4 janv. 1959 | Émeutes de Léopoldville | Militants, police, population | Bascule : coût de l’ordre explose | Notes [1–6] |
| 1959–1960 | Négociations et accélération du calendrier | Belgique, partis congolais | Indépendance devient “datée” | Notes [3–6] |
Tableau 2 — Acteurs & incitations#
| Acteur | Objectif | Moyens | Contraintes | Risque d’escalade | Effets sur civils |
|---|---|---|---|---|---|
| Militants/partis (dont ABAKO) | Mobiliser, peser sur le calendrier | Réunions, réseaux, tracts | Arrestations, censure | Élevé si interdictions | Arrestations, intimidations |
| Autorités belges (admin/police) | Maintenir contrôle, éviter “contagion” | Interdictions, force, discours | Image internationale, coûts | Très élevé si force | Blessures, morts, peur |
| Habitants des quartiers | Survie + dignité | Solidarités, contournements | Pauvreté, surveillance | Variable | Fermeture marchés, déplacements |
| Presse/radio | Construire un récit | Titres, cadrage | Censure, intérêts | Moyen | Panique ou politisation |
| Acteurs internationaux | Stabiliser/anticiper | Pressions politiques | Infos partielles | Moyen | Accélération diplomatique |
Tableau 3 — Déclencheurs & mécanismes d’escalade#
| Déclencheur | Mécanisme | Pourquoi ça prend ? | Indices dans sources | Incertitudes |
|---|---|---|---|---|
| Interdiction/limitation d’une réunion | Humiliation + défiance | Autorité coloniale perçue comme arbitraire | Rapports, presse | Détails minute par minute |
| Arrestations | Panique + solidarité | Peur de disparaître, effet de foule | Témoignages | Sous-déclaration officielle |
| Dispositif policier | “Foule = menace” | Surveillance visible, provocation | Archives police | Lieux précis selon sources |
| Rumeurs | Amplification | Opacité coloniale + radio/ville dense | Presse/mémoires | Nature exacte des rumeurs |
Tableau 4 — Vocabulaire officiel vs vécu#
| Terme | Sens officiel | Réalité vécue | Exemple | Source/notes |
|---|---|---|---|---|
| “Ordre public” | Sécurité, stabilité | Contrôle politique | Interdictions, arrestations | Notes [2–6] |
| “Émeute” | Désordre | Expression politique urbaine | Rue comme tribune | Notes [3–6] |
| “Troubles” | Incident local | Bascule nationale | Accélération du calendrier | Notes [1–6] |
| “Pacification” | Retour au calme | Répression | Peur durable | Notes [2–6] |
Tableau 5 — REPORT & DOCUMENT (sélection 1958–1960)#
| Année | Document | Type | Ce qu’il établit | Limites/controverses | Lien (bibliographie) |
|---|---|---|---|---|---|
| 1959 | Dossiers administratifs/policiers | Archive | Décisions, dispositifs, cadrage officiel | Biais de langage, minimisation | [Biblio 2–3] |
| 1959 | Presse contemporaine | Presse | Perceptions, récits publics | Partisan, censuré | [Biblio 5–7] |
| 1959–1960 | Analyses académiques | Recherche | Mise en contexte urbain et politique | Dépend des archives disponibles | [Biblio 8–12] |
| 1959 | Ressources muséales | Pédagogie | Chronologie, iconographie, repères | Synthèse (secondaire) | [Biblio 1] |
FAQs:#
- Pourquoi Léopoldville explose en 1959 ?
Parce qu’une ville coloniale surpeuplée et politisée rencontre un dispositif administratif qui traite la parole publique comme une menace. - Quel rôle exact d’ABAKO ?
Un rôle majeur de mobilisation et de structuration, sans monopole causal : l’événement résulte aussi de l’urbanisation, du coût de la vie, et de la doctrine de maintien de l’ordre. - Pourquoi la réponse belge aggrave-t-elle la crise ?
Parce que la répression rend visible l’illégitimité et augmente les coûts politiques et internationaux du contrôle. - Qu’est-ce que “maintenir l’ordre” voulait dire concrètement ?
Interdire, surveiller, arrêter, disperser — et cadrer le récit (“troubles”) pour éviter de reconnaître une contestation politique. - En quoi 1959 accélère-t-il 1960 ?
Il rend l’option d’une transition lente non crédible : la capitale devient le signal que l’empire ne peut plus gouverner “à bas coût”. - Quels héritages aujourd’hui ?
Le rapport État–rue, la centralité de la capitale, la mémoire des violences d’ordre public, et la bataille des récits.
Notes & sources#
- [1] Brochure/ressource AfricaMuseum “Congo belge : entre propagande et réalité” (repères, contexte des années 1950 et bascule de 1959).
- [2] Inventaires/archives belges : dossiers relatifs aux événements de janvier 1959 et à la production administrative associée (pistes de consultation).
- [3] Dossier PDF (Cahiers africains / AfricaMuseum) contenant des sections sur la transition et l’indépendance, avec éléments sur le contexte 1958–1960 (à mobiliser pour cadrage et chronologie).
Bibliographie commentée#
- AfricaMuseum — “Congo belge : entre propagande et réalité” (brochure PDF) : synthèse pédagogique utile pour situer 1959 dans la fin du régime colonial, avec repères et cadrage muséal.
- Archives de l’État en Belgique — inventaires liés à janvier 1959 : preuve de la production documentaire (commissions, dossiers, procédures) ; indispensable pour remonter vers les pièces primaires.
- Cahiers africains / dossier PDF (sections sur la transition 1958–1960) : utile pour articuler événements, acteurs et séquences menant à l’indépendance ; à lire en repérant le langage administratif.
- Travaux académiques sur Léopoldville/Kinshasa (urbanisation coloniale) : éclairent comment la ville fabrique la politique (ségrégation, travail, sociabilités). (À sélectionner selon votre bibliothèque/accès universitaire.)
- Études sur ABAKO et le nationalisme urbain : utiles pour éviter “ABAKO = tout” et restituer réseaux, concurrence partisane et répertoires militants. (À sélectionner selon accès.)
- Presse belge (janv.–fév. 1959) : matériau crucial pour analyser le cadrage (“troubles”, “émeute”, “ordre”), mais à confronter aux témoignages congolais. (Dépôts numériques à identifier selon titres.)
- Presse internationale (1959–1960) : permet de mesurer la bascule du regard extérieur et la pression diplomatique ; attention aux stéréotypes coloniaux recyclés.
- Ouvrages de synthèse sur la décolonisation du Congo (1950s–1960) : utiles pour articuler 1959 à la Table ronde et au calendrier politique. (Sélection recommandée : presses universitaires.)
- Études comparatives des “émeutes coloniales” : replacent 1959 dans une grammaire plus large (ville, police, rumeur, humiliation, coût de la répression).
- Mémoires et témoignages congolais : indispensables pour “la ville vécue” ; exigent recoupements (dates, lieux) et prudence sur la reconstruction.
- Analyses sur la doctrine coloniale de maintien de l’ordre : aident à relier la technique policière à la politique d’empire.
- Travaux sur la “bataille des récits” (archives, propagande, mémoire) : utiles pour comprendre pourquoi 1959 est raconté différemment selon acteurs et périodes.












