24 avril 1990 : Ouverture multipartite au Zaïre et Conférence nationale souveraine
Le 24 avril 1990, Mobutu Sese Seko annonce, les larmes aux yeux, la fin du parti unique et l'instauration du multipartisme au Zaïre.

- Zaïre 1990–1992 : Ouverture multipartite et Conférence nationale souveraine
- Acteurs principaux
- Dates clés
- Enjeux
- Contexte : la fin de la guerre froide et les pressions démocratiques
- 24 avril 1990 : le discours historique de Mobutu
- 1991-1992 : la Conférence nationale souveraine
- La dualité de pouvoir et l'impasse politique
- Crise sociale et effondrement de l'État
- Héritage et mémoires d'une transition avortée
- Questions clés et débats
- Lectures complémentaires et ressources
- Continuez votre exploration sur CongoHeritage
Zaïre 1990–1992 : Ouverture multipartite et Conférence nationale souveraine#
Le 24 avril 1990, le président Mobutu Sese Seko annonce, les larmes aux yeux, la fin du parti unique et l’instauration du multipartisme au Zaïre. Cette ouverture politique débouche sur la Conférence nationale souveraine (CNS) de 1991-1992, un moment historique de libération de la parole et de contestation du régime mobutiste. Mais cette transition démocratique avorte rapidement, plongeant le pays dans une dualité institutionnelle, une crise sociale profonde et une instabilité chronique qui ouvriront la voie aux guerres des années 1990.
Acteurs principaux#
- Maréchal Mobutu Sese Seko (président)
- Étienne Tshisekedi wa Mulumba (UDPS, Premier ministre)
- Mgr Laurent Monsengwo Pasinya (président CNS)
- Opposition démocratique (partis, société civile)
Dates clés#
24 avril 1990 : Discours de Mobutu instaurant le multipartisme
7 août 1991 : Ouverture de la CNS
15 août 1992 : Élection de Tshisekedi comme Premier ministre
Décembre 1992 : Clôture de la CNS
Enjeux#
Transition démocratique, Fin du parti unique MPR, Dualité de pouvoir (Mobutu vs Tshisekedi), Crise sociale et économique, Pillages de 1991 et 1993
Contexte : la fin de la guerre froide et les pressions démocratiques#
En 1990, le contexte international se transforme radicalement avec la chute du mur de Berlin en novembre 1989 et l’effondrement des régimes communistes en Europe de l’Est. Le président roumain Nicolae Ceaușescu, ami de Mobutu, est exécuté le 25 décembre 1989, un événement qui ébranle profondément le maréchal zaïrois. Les puissances occidentales, qui soutenaient Mobutu depuis 1965 dans le cadre de la guerre froide, exigent désormais des réformes démocratiques. En France, le président François Mitterrand annonce lors du sommet franco-africain de La Baule en juin 1990 que l’aide française sera désormais conditionnée à la démocratisation.
À l’intérieur du Zaïre, la situation économique et sociale est catastrophique. L’hyperinflation, la corruption généralisée, l’effondrement des services publics et la paupérisation massive de la population alimentent un mécontentement croissant. Pour mieux comprendre cette période, explorez les autres articles de CongoHeritage sur le régime de Mobutu.
24 avril 1990 : le discours historique de Mobutu#
Le 24 avril 1990, au palais présidentiel de N’Sele, le maréchal Mobutu Sese Seko prononce un discours qui marque un tournant dans l’histoire politique du Zaïre. Vêtu de son uniforme noir de maréchal, devant un parterre de ministres, généraux, magistrats et parlementaires, il annonce solennellement : « J’ai estimé, seul devant ma conscience, de tenter l’expérience du pluralisme politique dans notre pays, avec à la base le principe de la liberté pour chaque citoyen d’adhérer à la formation politique de son choix. » Il annonce ensuite qu’il prend congé du Mouvement populaire de la révolution (MPR) pour permettre au parti de se choisir un nouveau chef, avant de marquer une pause, les larmes aux yeux, et de conclure : « Comprenez mon émotion. »
Discours du président Mobutu Sese Seko du 24 avril 1990 à N’Sele, annonçant l’instauration du multipartisme au Zaïre
Ce discours, diffusé en direct à la radio et à la télévision, provoque un choc dans tout le pays. À Kinshasa et dans les grandes villes, la population accueille l’annonce avec surprise et espoir. Le soir même, les Zaïrois ressortent des greniers les vêtements interdits sous le régime de l’authenticité : cravates pour les hommes, pantalons pour les femmes. Des dizaines de journaux indépendants apparaissent dans les kiosques, et des centaines de partis politiques se créent pour concurrencer le MPR. Pour consulter le texte intégral du discours et son analyse, visitez Sahuti Africa et Jeune Afrique.
1991-1992 : la Conférence nationale souveraine#
Après plusieurs mois de tergiversations, Mobutu accepte finalement, sous la pression de l’opposition et de la communauté internationale, la convocation d’une Conférence nationale souveraine (CNS) sur le modèle béninois. Le 7 août 1991, plus de 2 800 délégués provenant de près de 200 partis politiques, de groupes professionnels et d’associations venus de tout le pays se réunissent au Palais du Peuple à Kinshasa. Parmi eux, seulement 200 femmes sont présentes. La conférence est initialement présidée par Kalonji Mutambai wa Pasteur Kabongo, un proche de Mobutu, avant que Mgr Laurent Monsengwo Pasinya ne prenne la tête des travaux.
Pour la première fois depuis l’indépendance, les Zaïrois peuvent critiquer ouvertement le régime de Mobutu, sa gestion économique catastrophique, son culte de la personnalité et la corruption systémique qui ronge le pays. Le Palais du Peuple devient la caisse de résonance des complaintes et des espoirs de changement de toute une nation. Les débats sont passionnés, parfois chaotiques, mais ils témoignent d’une soif de liberté et de transparence longtemps réprimée. Le mandat initial de la CNS était de rédiger une nouvelle constitution dans les trois mois, mais les travaux s’étaleront finalement sur 17 mois, jusqu’en décembre 1992. Pour en savoir plus sur la CNS, consultez l’article détaillé de Wikipédia.
La dualité de pouvoir et l’impasse politique#
En janvier 1992, Mobutu tente de reprendre la main en déclarant que les travaux de la CNS sont terminés et en nommant son propre Premier ministre. Mais la conférence reprend ses travaux en avril 1992, formant 23 comités et une centaine de sous-comités qui travaillent à un rythme intensif. Le 15 août 1992, la CNS élit l’opposant historique Étienne Tshisekedi wa Mulumba, dirigeant de l’UDPS, au poste de Premier ministre de la transition. Le projet de constitution adopté par la CNS prévoyait notamment que la nomination du Premier ministre ne relevait plus du président, et que le pays devait reprendre son ancien nom de Congo et l’hymne national d’avant 1965.
Mobutu refuse de reconnaître pleinement l’autorité de la CNS et de Tshisekedi, créant une situation de dualité institutionnelle. En mars 1993, il nomme son propre parlement avec Faustin Birindwa comme Premier ministre, et impose une constitution différente de celle adoptée par la CNS. Le pays se retrouve avec deux gouvernements, deux Premiers ministres, deux constitutions et deux visions opposées de la transition. Cette paralysie institutionnelle empêche toute réforme et aggrave la crise économique et sociale. Pour comprendre les mécanismes de cette impasse, consultez le rapport de Human Rights Watch sur la transition zaïroise.
Crise sociale et effondrement de l’État#
La période 1990-1992 est marquée par un effondrement accéléré de l’autorité de l’État et une dégradation dramatique des conditions de vie. En septembre 1991, des militaires non payés depuis des mois se lancent dans des pillages massifs à Kinshasa, suivis par une partie de la population civile. Les commerces, les entreprises et les infrastructures sont saccagés, provoquant la fuite de la plupart des ressortissants étrangers et l’effondrement de ce qui restait de l’économie formelle. De nouveaux pillages éclatent en janvier-février 1993, aggravant encore la situation.
L’hyperinflation atteint des niveaux records, le zaïre perd toute valeur, et les salaires des fonctionnaires ne permettent plus de subvenir aux besoins les plus élémentaires. Les services publics (santé, éducation, justice, administration) cessent pratiquement de fonctionner. La population survit grâce à l’économie informelle et aux systèmes de solidarité familiale et communautaire. Cette désintégration progressive de l’État zaïrois crée un vide que les mouvements rebelles exploiteront à partir de 1996. Pour explorer les conséquences de cette crise, consultez les analyses sur CongoHeritage consacrées à la transition des années 1990.
Héritage et mémoires d’une transition avortée#
La période 1990-1992 reste dans la mémoire collective congolaise comme un moment d’espoir rapidement déçu. La Conférence nationale souveraine avait permis une libération de la parole, un diagnostic sans complaisance des maux du pays et l’élaboration d’un projet de société démocratique. Mais la résistance de Mobutu, la division de l’opposition, les manipulations politiques et l’absence de soutien ferme de la communauté internationale ont conduit à l’échec de cette transition. Le Zaïre est resté, selon l’expression de Human Rights Watch, « un pays dirigé par un président sans mandat, un parlement non-élu et un Premier ministre soutenu par une minorité ».
Cet échec a ouvert la voie aux guerres des années 1990. L’absence de réforme de l’armée, la persistance de la corruption, l’effondrement de l’économie et la délégitimation totale du régime de Mobutu ont créé les conditions de la rébellion de l’AFDL en 1996 et de la première guerre du Congo (1996-1997). Les leçons de cette transition avortée restent pertinentes pour comprendre les défis démocratiques actuels de la République démocratique du Congo.
Questions clés et débats#
Pourquoi Mobutu a-t-il accepté le multipartisme en 1990 ?
Mobutu a accepté le multipartisme sous la pression conjuguée de plusieurs facteurs : la fin de la guerre froide qui le privait du soutien inconditionnel de l’Occident, l’exécution de son ami Ceaușescu en Roumanie qui l’a profondément marqué, les nouvelles conditionnalités démocratiques imposées par la France et les États-Unis, et la montée de la contestation interne symbolisée par la lettre des 13 parlementaires en 1980 et la création de l’UDPS. Cependant, Mobutu n’a jamais véritablement accepté de perdre le pouvoir et a multiplié les manœuvres pour saboter la transition démocratique.
Quel était le rôle de la Conférence nationale souveraine ?
La Conférence nationale souveraine avait pour mandat de dresser un bilan de la gestion de Mobutu depuis 1965, de proposer une nouvelle constitution démocratique, de définir les institutions de transition et de préparer des élections libres. Elle devait être « souveraine », c’est-à-dire que ses décisions devaient s’imposer au président de la République. En pratique, la CNS a permis une libération de la parole sans précédent, une critique ouverte du régime mobutiste, et l’élection d’Étienne Tshisekedi comme Premier ministre. Mais Mobutu n’a jamais accepté la pleine souveraineté de la CNS et a systématiquement bloqué ses décisions.
Qu’est-ce que la dualité de pouvoir ?
La dualité de pouvoir désigne la situation institutionnelle chaotique qui s’est installée au Zaïre entre 1992 et 1997. D’un côté, Mobutu, président élu sous le système du parti unique en 1984, refuse de quitter le pouvoir et nomme ses propres Premiers ministres et parlements. De l’autre, la Conférence nationale souveraine et l’opposition, représentées par Étienne Tshisekedi, revendiquent la légitimité démocratique issue de la CNS. Cette paralysie institutionnelle a empêché toute réforme, aggravé la crise économique et sociale, et créé un vide d’autorité que les rébellions des années 1990 ont exploité.
Pourquoi la transition démocratique a-t-elle échoué ?
L’échec de la transition s’explique par plusieurs facteurs : la résistance obstinée de Mobutu qui contrôlait l’armée, les services de sécurité et une partie de l’administration ; la division de l’opposition démocratique en centaines de partis politiques incapables de s’unir durablement ; l’absence de soutien ferme de la communauté internationale qui privilégiait la stabilité à la démocratie ; la manipulation ethnique et régionale par le régime ; l’effondrement de l’économie qui rendait toute gouvernance impossible ; et l’absence de réforme de l’armée qui restait fidèle à Mobutu. Cette transition avortée a ouvert la voie aux guerres de 1996-1997 et 1998-2003.
Lectures complémentaires et ressources#
Cette sélection de ressources permet d’approfondir l’histoire de la transition démocratique avortée au Zaïre entre 1990 et 1992, et de comprendre les dynamiques politiques qui ont conduit aux guerres des années 1990.
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| Jeune Afrique | Ce jour-là : le 24 avril 1990, Mobutu annonce le multipartisme | Article | Consulter l’article |
| Wikipédia | Conférence nationale souveraine (Zaïre) 1991-1992 | Article encyclopédique | Lire l’article |
| Human Rights Watch | Zaïre : Transition, guerre, et droits de l’homme (1997) | Rapport | Accéder au rapport |
| Université de Perpignan | Documents constitutionnels de la transition 1990-2003 | Archives juridiques | Consulter les documents |
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Pour approfondir l’histoire de la transition démocratique au Zaïre, découvrir les dynamiques politiques des années 1990 et explorer les mémoires de cette période d’espoir et de désillusion, visitez les autres articles de CongoHeritage consacrés au régime de Mobutu et à la transition avortée.
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