Avr–Jun 2024 : Retrait de la MONUSCO du Sud-Kivu – Un vide sécuritaire fatal ?
Retrait de la MONUSCO du Sud-Kivu: La fin d'une ère de 25 ans de présence onusienne, vue par les Congolais du Sud-Kivu : souveraineté retrouvée ou catastrophe annoncée ?

- <strong>Avril–Juin 2024 : Retrait de la MONUSCO du Sud-Kivu</strong><br/>Souveraineté reconquise ou prélude au chaos ?
- En bref
- Contexte historique : 25 ans de présence onusienne, 25 ans d’attentes contradictoires
- Chronologie (2023–janvier 2026) : du retrait à la reconfiguration du front
- Pourquoi le retrait ? Entre souveraineté, rue congolaise et calculs diplomatiques
- Après le départ : le vide sécuritaire n’est pas un concept — c’est une expérience
- Perspectives : que peut-on faire (réaliste, pas magique) ?
- Pour aller plus loin (sources & lectures)
Dossier CongoHeritage • Sécurité • Grands Lacs
Avril–Juin 2024 : Retrait de la MONUSCO du Sud-Kivu
Souveraineté reconquise ou prélude au chaos ?#
Après plus de deux décennies de présence onusienne, les dernières bases ferment au Sud-Kivu. Sur le papier, c’est une page de souveraineté. Sur le terrain, c’est une transition à haut risque : groupes armés, fronts régionaux, fatigue des civils… et une question qui brûle les lèvres à Bukavu, Uvira, Minembwe, Fizi et Kalehe : qui protège vraiment la population quand l’État est sous pression ?
Dernière mise à jour : janvier 2026 • Article d’analyse et de synthèse (sources publiques et liens en fin d’article).
En bref#
1) Le retrait est réel, daté, officiel.
La MONUSCO a cessé ses opérations au Sud-Kivu fin avril 2024 et a fermé le bureau de Bukavu fin juin 2024, marquant la première phase de désengagement.
2) La souveraineté ne remplace pas la sécurité.
Le débat congolais n’oppose pas « pro-ONU » contre « nationalistes ». Il oppose l’exigence légitime de souveraineté à la réalité d’un terrain militarisé où les civils paient le prix des vides de contrôle.
3) Le « après MONUSCO » a été violent.
En 2025, Bukavu est tombée lors d’une offensive attribuée au M23 (selon plusieurs médias internationaux). Fin 2025, Uvira a aussi été capturée avant une reprise partielle rapportée en janvier 2026. Le Sud-Kivu a basculé dans une instabilité accélérée.
Contexte historique : 25 ans de présence onusienne, 25 ans d’attentes contradictoires#
Créée en 1999 sous le nom de MONUC, puis reconfigurée en MONUSCO en 2010, la mission onusienne a longtemps été perçue comme un « troisième acteur » du paysage sécuritaire : ni État congolais, ni groupe armé, mais une force censée protéger les civils, appuyer la stabilisation et soutenir le retour de l’autorité publique.
Au Sud-Kivu, la présence de bases (Bukavu, Uvira, Minembwe, Fizi/Baraka, Kalehe/Bunyakiri et environs) a produit un paradoxe : la protection était visible… mais inégale. Dans certains axes, les patrouilles limitaient les abus. Ailleurs, les attaques continuaient la nuit, sur les routes et dans les collines, là où la logistique, le mandat et la politique se heurtaient à la réalité.
Et puis il y a la mémoire collective : Bukavu 2004, Goma 2012, les vagues de déplacements, les promesses répétées de « stabilisation » face à une prolifération de groupes armés. Tout cela a alimenté une colère populaire : « Pourquoi sommes-nous encore sous tutelle internationale si l’insécurité persiste ? »
| Période | Ce qui change sur le terrain (Sud-Kivu) | Sentiment local dominant |
|---|---|---|
| MONUC (1999–2010) |
Déploiement post-guerres du Congo. Protection limitée, coordination fragile avec les forces locales. Les civils découvrent l’idée d’une « zone internationale »… sans garantie totale. | Espoir, puis désillusion. |
| MONUSCO (2010–2023) |
Mandat renforcé et projets civils. Mais la multiplication des acteurs armés, l’économie de guerre et les rivalités régionales maintiennent le conflit à haute température. | Ambivalence : « utile par endroits », « impuissante ailleurs ». |
| Désengagement (2023–2024) |
Retrait accéléré négocié : fin des opérations au Sud-Kivu, fermeture du bureau de Bukavu, transfert progressif de responsabilités aux FARDC/PNC. | Fierté + inquiétude : « souverains, oui… mais à quel prix ? » |
Ce que la mission a laissé derrière#
- Des infrastructures (bureaux, pistes, bases, équipements transférés ou évacués).
- Des projets civils (écoles, points d’eau, appuis ponctuels) — utiles, mais insuffisants face à l’économie de guerre.
- Un héritage politique : l’idée que la sécurité peut être « sous-traitée »… et la frustration quand cela échoue.
Témoignage : « Nous dormions déjà avec un œil ouvert… »
« À Minembwe, leur base dominait la vallée. Le jour, tu sentais un peu de répit sur la route. Mais la nuit… la nuit appartenait aux milices. Alors quand on parle de “départ”, certains célèbrent. D’autres se demandent juste : qui empêchera le prochain poste de taxe illégal ? On veut la souveraineté, oui. Mais on ne veut pas que la souveraineté devienne un slogan sur des tombes. »
— Témoignage recueilli (nom modifié), Sud-Kivu, 2024.
Chronologie (2023–janvier 2026) : du retrait à la reconfiguration du front#
Le retrait du Sud-Kivu s’inscrit dans un plan de désengagement validé au Conseil de sécurité. Ensuite, la dynamique militaire et régionale a repris le dessus. Voici les jalons qui aident à lire la séquence.
19 déc. 2023
Résolution du Conseil de sécurité : validation du désengagement et retrait de la Force du Sud-Kivu d’ici fin avril 2024.
30 avril 2024
Cessation officielle des opérations de la MONUSCO au Sud-Kivu (phase 1).
25–30 juin 2024
Fermeture du bureau de Bukavu et finalisation du retrait de la province (date symbolique : 30 juin).
Point de bascule : l’offensive 2025 et les chocs de 2025–2026#
| Date | Événement | Lecture (Sud-Kivu) |
|---|---|---|
| févr. 2025 | Entrée / prise de Bukavu lors d’une offensive attribuée au M23 (rapportée par plusieurs médias internationaux). | Effondrement psychologique : la capitale provinciale « intouchable » ne l’est plus. Panique, déplacements, pillages, rupture des services. |
| déc. 2025 | Capture de Uvira pendant environ un mois, dans un contexte de diplomatie régionale tendue. | Menace sur les corridors (Burundi/Tanganyika) et sur la logistique humanitaire. |
| janv. 2026 | Retour de l’armée congolaise et de milices pro-gouvernementales à Uvira après retrait des rebelles (selon Reuters/AP). | Reconfiguration : « reprises » locales possibles, mais front instable, risques de représailles, et civils piégés entre acteurs. |
Pourquoi le retrait ? Entre souveraineté, rue congolaise et calculs diplomatiques#
Le retrait du Sud-Kivu n’est pas tombé du ciel. Il a été réclamé, négocié, puis cadré au niveau onusien. La logique officielle est simple : transférer la responsabilité à l’État congolais et concentrer le reste du dispositif sur d’autres zones (Nord-Kivu/Ituri), tout en évitant un vide sécuritaire… du moins sur le papier.
- La pression politique interne : Kinshasa ne pouvait plus ignorer le sentiment que la présence onusienne est devenue un symbole d’impuissance. Le discours de souveraineté a gagné du terrain parce qu’il répond à une blessure : « un pays ne peut pas rester indéfiniment sous casque bleu ».
- La pression populaire : Les protestations anti-MONUSCO ont montré une rupture de confiance : mission jugée lente, opaque, déconnectée, parfois même suspectée d’accommodements.
- Le basculement régional : La RDC a davantage misé sur des dispositifs régionaux et bilatéraux, ce qui reconfigure les alliances, mais aussi les rivalités.
- La fatigue stratégique : Après des années sans victoire décisive, la « solution internationale » perd de sa crédibilité et de son énergie politique.
Question centrale : le retrait était-il conditionné à des capacités réelles des forces de sécurité, ou piloté par un calendrier politique ?
C’est là que l’histoire devient inconfortable : dans un contexte où plus de 100 groupes armés opèrent à l’Est et où les déplacements de masse explosent, une transition « propre » sur le papier peut devenir une fracture sur le terrain.
Après le départ : le vide sécuritaire n’est pas un concept — c’est une expérience#
Quand une force internationale quitte un espace fragmenté, ce n’est pas seulement une base qui ferme : c’est une chaîne de dissuasion, de renseignement, d’évacuation médicale, de présence symbolique qui se retire. Même imparfaite, elle comptait dans les calculs des acteurs locaux. Après juin 2024, plusieurs dynamiques se sont accélérées : mobilité des groupes armés, taxation illégale, pressions sur les axes routiers, et compétition ouverte pour le contrôle des centres urbains et des routes commerciales.
Analyse : trois leçons (dures) de la transition
- La transition doit être conditionnelle : un retrait crédible se négocie avec des indicateurs de capacité (logistique, discipline, chaîne de commandement, justice militaire, protection civile), pas seulement avec des dates.
- Le vide attire la violence : dès qu’un acteur perçoit une baisse de coût (moins de surveillance, moins de réaction rapide), il tente un gain territorial — surtout quand la guerre est rentable.
- La protection des civils ne peut pas être une “option” : si elle n’est pas au centre, elle disparaît du terrain, et le terrain se venge.
Perspectives : que peut-on faire (réaliste, pas magique) ?#
Le Sud-Kivu n’a pas besoin de slogans : il a besoin d’une stratégie froide, mesurable, et centrée sur la vie humaine. Voici des pistes concrètes, discutées dans les milieux sécuritaires et humanitaires, adaptées à une lecture congolaise des rapports de force.
1) Recentrer l’État sur sa mission : protéger#
- Réforme FARDC/PNC : discipline, paie, chaîne de commandement, lutte anti-corruption.
- Unités dédiées à la protection des civils + mécanismes de réponse rapide.
- Justice militaire crédible contre les abus (sinon, la population se détourne).
2) Fermer la porte régionale à la guerre#
- Traçabilité et pression diplomatique sur les soutiens transfrontaliers présumés.
- Mécanismes de vérification : cessez-le-feu, retraits, corridors humanitaires.
- Sanctions ciblées : elles ne gagnent pas la guerre, mais elles changent le coût politique.
3) Sauver les civils maintenant, reconstruire demain#
- Protection humanitaire : points d’accueil, santé, eau, routes sécurisées.
- Résilience locale : appui aux organisations congolaises, radios communautaires, alertes précoces.
- Justice et mémoire : sans vérité, la paix reste une pause entre deux violences.
Pour aller plus loin (sources & lectures)#
Cet article vise à informer et nourrir le débat public. CongoHeritage mettra à jour la chronologie au fur et à mesure des confirmations documentées.








